Le collatéral à l’ère de la pandémie mondiale

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Les gestionnaires de collatéral, comme leurs collègues de la gestion des risques, aiment le calme et la certitude. Dans le cadre de leurs attributions, ils sont souvent responsables de la validation de vastes ensembles de données et de la gestion de nombreuses tâches urgentes visant à limiter le risque de contrepartie. Pour gérer cette responsabilité, ils devront probablement effectuer quotidiennement des tâches qui les aident à répondre aux questions suivantes :

  • Toutes nos transactions sont-elles enregistrées avec exactitude ?
  • Les transactions sont-elles évaluées correctement ?
  • Les valorisations de collatéral reflètent-elles les derniers prix des titres et les dernières décotes ?
  • Avons-nous répondu à nos appels de marge à temps ?
  • Les garanties proposées par les contreparties sont-elles éligibles ?
  • Quelle est le collatéral optimal à livrer à chaque contrepartie ?
  • Le bon collatéral a-t-il été reçu par notre dépositaire ?
  • Quelle est la raison des éventuelles disputes concernant les appels de marge ?

Au cours des premières semaines de 2020, l’actualité relative à l’épidémie de COVID-19 était un problème qui ne concernait pas de près les marchés OTC, et les perturbations étaient minimes. Les gestionnaires de collatéral sont restés calmes (et n’étaient peut-être même pas au courant). Cependant, aux environs de fin février, les choses ont commencé à évoluer. Avec la propagation de l’épidémie partout dans le monde, les marchés mondiaux ont enregistré une rapide augmentation de l’incertitude. Une volatilité généralisée des marchés, un accroissement des spreads de crédit et une chute des prix actifs sont alors apparus en réponse à cette incertitude. N’importe lequel de ces éléments à lui seul impacterait normalement les gestionnaires de collatéral : un accroissement de la taille moyenne des appels de marge, des volumes d’appel de marge plus élevés et des disputes potentiellement plus importantes. Un gestionnaire de collatéral  aurait du mal à garder son calme face à chacun d’entre eux. 

Encore des mauvaises nouvelles pour les gestionnaires de collatéral 

Dès la mi-mars, les gestionnaires de collatéral  avaient perdu toute apparence de calme. Avec l’augmentation continue du nombre d’infections de par le monde, les marchés d’actions ont enregistré des chutes record, les rendements sur les bons du Trésor américain sont tombés à leurs plus bas historiques et les prix du pétrole ont chuté à un niveau inédit depuis 30 ans. Plus que jamais, le rôle des gestionnaires de collatéral  a alors été essentiel. 

Les tâches quotidiennes d’un gestionnaire de collatéral  ne changent pas de nature pendant les périodes de volatilité, c’est leur volume et leur importance qui augmentent. En plus d’une augmentation de leur charge de travail, de nombreuses entreprises ont dû tenir compte d’une augmentation de l’attention portée au respect des échéances et aux défauts  de règlements. Ajoutez des conditions de travail sans précédent et vous avez la tempête parfaite. 

Quelle est la mesure du problème ?

Les services de réseau de TriOptima, qui sont utilisés par plus de 230 entreprises pour calculer et échanger les appels de marge VM et IM, et par plus de 2000 parties pour rapprocher environ 90 % des transactions OTC, fournissent un outil idéal pour observer l’étendue et l’impact des perturbations de marché. De ce point de vue plus large, l’impact sur les gestionnaires de collatéral  a été important.

Depuis l’apparition de la COVID-19 et des perturbations de marché associées, TriOptima a observé des volumes record d’activité d’appels de marge et de rapprochement de portefeuille. Les volumes d’appels de marge quotidiens moyens observés dans triResolve Margin ont presque doublé en mars par rapport au mois précédent (déjà affecté par une tendance haussière). De plus, le service de rapprochement de portefeuille triResolve a enregistré des volumes de transactions record et une variation significative au niveau des valorisations(MTM), tous les deux des facteurs de disputes sur les appels de marge clés. Et bien que les pics de volumes d’appels de marge puissent provoquer la consternation des gestionnaires de collatéral  chargés de gérer le cycle de vie des appels de marge, c’est l’augmentation des disputes qui cause le plus de stress. Non seulement ils accroissent la charge de travail, mais ils sont aussi des indicateurs d’une augmentation des risques. L’échec d’une transaction ou une divergence dans un appel de marge peuvent indiquer un possible risque de crédit non garanti – et comme le virus lui-même, le risque de contagion sur le marché était très réel pendant cette période. Même si le marché n’a heureusement pas subi de défaut généralisé d’entreprises au cours de cette période, l’augmentation considérable d’indicateurs clés aura créé des niveaux de stress inédits pour les professionnels chargés de gérer le collatéral et les rapprochements. L’analyse de l’activité de triResolve Margin pendant le mois de mars 2020 fait état d’une augmentation de 76 % du nombre moyen d’appels de marge, cependant, la valeur de ces appels de marge a augmenté de plus de 200 %. Une analyse plus détaillée des données montre que nous devrions peut-être compatir avec les gestionnaires de collatéral  qui travaillent pour des sociétés de gestion d’investissements, qui ont eu à gérer les augmentations les plus importantes dans l’ensemble : 80 % pour les volumes d’appels de marge et 332 % pour leur valeur.

Graphique 1 : Augmentation mensuelle en % des indicateurs clés liés aux appels de marge (fév. -mars 2020) ; source : TriOptima

Problèmes de continuité des activités

Des turbulences de marché sans précédent sont déjà difficiles à gérer, mais avoir à le faire au moment où les intervenants mettent en route leurs plans de continuité des activités a ajouté une nouvelle dimension aux difficultés auxquelles les gestionnaires de collatéral  ont dû faire face. Étant donné le nombre d’étapes opérationnelles du cycle de vie des appels de marge, les gestionnaires de collatéral  doivent généralement accéder à plusieurs plateformes allant du Front Office aux systèmes de paiement. Pour les entreprises ne pouvant pas accéder à tous les systèmes requis à distance, il a fallu que certains employés soient présents physiquement sur site pour assurer la continuité des activités. En revanche, une connexion Internet à la maison pour leurs collaborateurs a suffi pour les entreprises aux systèmes basés sur le Web. 

Les entreprises n’aiment pas le crier sur les toits, mais Excel est encore souvent utilisé au cœur de leurs « systèmes » de  collatéral. Les entreprises dépendant encore d’outils manuels comme les feuilles de calcul ou les e-mails ont été encore plus paralysées. Incapables de répondre facilement à l’augmentation des volumes d’appels de marge, elles ont dû faire travailler leurs collaborateurs plus longtemps, un vrai problème dans un contexte où ceux-ci jonglaient déjà entre travail à distance et obligations familiales. Un gestionnaire de collatéral  d’un grand hedge fund britannique, dépendant d’une approche manuelle fondée sur Excel, a décrit cette période comme un « vrai cauchemar, avec des volumes d’appels de marge multipliés par 5 ».

En revanche, bien que nous observions des utilisateurs de TriResolve Margin traitant des volumes d’appels de marge record, nous constatons qu’ils ont pu le faire pendant les heures normales de bureau et dans les délais indiqués dans leurs contrats. Commentant la période récente de crise des marchés, un porte-parole de Leonteq Securities a noté : « les niveaux record de volatilité ont entrainé une activité de marge dans la plupart de nos contrats de garantie simultanément. L’utilisation du flux de travail d’appel de marge automatisé de triResolve Margin a permis aux gestionnaires de collatéral  de Leonteq de se concentrer sur les contrôles clés. »

La capacité de nos clients à faire face à un niveau de volatilité sans précédent ne s’explique pas simplement parce que triResolve Margin est basée sur le Web, même si de nombreux utilisateurs disent que cela facilite vraiment les choses pour eux. L’avantage opérationnel qui a si bien servi nos utilisateurs pendant cette période est venu de la combinaison d’une plate-forme basée sur le Web et d’un flux de travail hautement automatisé. Cela a permis aux clients de recevoir et d’envoyer des appels, et d’analyser les différences d’une manière entièrement automatisée. À mesure que la volatilité entrainait une augmentation des volumes, les utilisateurs n’étaient pas dépassés par le besoin de traiter chaque appel de marge ou d’analyser chaque dispute manuellement. Les règles automatiques du système s’en chargeaient, remplaçant les apports effectués manuellement dans de nombreuses entreprises. 

Et bien que les règles automatiques étaient souvent utilisées par les clients de triResolve Margin avant la période récente de turbulences des marchés, l’une des répercussions a été un accroissement de leur adoption ces derniers mois. En fait, à mesure que la crise s’amplifiait, notre équipe de responsables clients a travaillé directement avec nos clients pour les aider à activer rapidement ces règles automatiques pour faire face le mieux possible à l’augmentation quotidienne des volumes. Un client, une entreprise internationale du secteur de l’énergie, a décidé d’adopter les règles automatiques pour l’ensemble de ses contrats de garantie, ce qui a permis à tous les appels de marge entrants et sortants d’être entièrement gérés par le système, et d’alerter le gestionnaire de collatéral  des évènements nécessitant une analyse et une approbation supplémentaires. L’analyse de TriOptima de la durée nécessaire pour gérer l’ensemble des appels de marge entrants de cette entreprise – qui mesure le moment entre la réception des appels et la fin du processus d’octroi de garantie – montre que la durée totale requise est passée de plusieurs heures à moins de 60 secondes.

 Un aperçu du futur pour les garanties ?

L’analyse de l’épidémie de COVID-19 et les enseignements à en tirer pourraient être longs et douloureux pour les gouvernements partout dans le monde. Par opposition, les lacunes auxquelles ont dû faire face les gestionnaires de collatéral étaient bien visibles. 

La dépendance excessive à l’égard de technologies anciennes, l’absence quasi totale d’automatisation dans certaines entreprises, le manque d’investissement permettant de rester à jour avec les meilleures pratiques du secteur et la vision à court terme amenant à consacrer des heures de travail à des processus inefficaces plutôt que de mettre en œuvre des solutions stratégiques sont parmi les principales leçons à retenir. Devant les complications que représentent la volatilité et des capacités réduites, les entreprises font face à une « nouvelle normalité ». Pour y faire face au mieux, elles devraient envisager de rapidement mettre à jour leur technologie pour tirer parti des nouveaux outils basés sur le Web qui facilitent les accès à distance et l’interopérabilité des systèmes. Les entreprises devraient chercher à mettre en œuvre des niveaux élevés d’automatisation, pas simplement pour rationaliser le traitement des appels de marge mais pour atteindre une atténuation optimale des risques. Cela signifie une approche cohérente et intégrée de la gestion de collatéral  et du rapprochement de portefeuille, par laquelle les disputes peuvent être identifiées rapidement et résolues de manière proactive.